Sous les Etoiles

LE ROUGISSEMENT OU L’IMPORTANCE DES PLUMES DE SAVON…

Mes Amies bonsoir,

(oups, pardon, doit y avoir deux trois grincheux mal rasés qui trainent) :

Mes Amis bonsoir,

Il nous faut parler ce soir de ces petits détails dont tout le monde, à quelques pangolin(e)s près, ne prend plus la peine d’admirer.

Vous savez bien, ces instants fugaces où il se passe une chose si magique que personne n’ose la regarder en face. Peur de se brûler les ailes peut-être.

Ou plutôt la crainte de voir qu’il y a dans l’air non seulement de l’air – mais si, 78% d’azote, une dose

certaine de CO2, plein de petites particules qui trainent et un peu d’oxygène, vous savez bien, juste assez pour être vivant ! – mais aussi une quantité inouïe de plumes de savon qu’on ne peut pas peser, mesurer ou quantifier !
Oui, des plumes de savon ! Rappelez-vous quand vous étiez tout petit. Vous les voyiez avec vos yeux du dessus de la tête. C’est en plume pour pouvoir porter des rires, des sourires, des espoirs, des joies incommensurables, des explosions de bonheur, des valises d’allégresse, des caddies d’enchantement et bien des choses encore. C’est tout fragile et c’est en savon pour venir éclater et se coller sur la tête des chanceux à qui elles sont destinées.
Alors oui, c’est vrai, il faut le dire, il y a de sacrées choses dans l’air.
Et puis comme notre corps est une grande antenne détectrice de plumes de savon, il réagit toujours quand il arrive à en attraper une. C’est de ça dont il faut parler aujourd’hui !
Parce que, alors qu’il faudrait s’en réjouir, maintenant, plus personne n’écoute les messages enchantés que détecte notre vieille carcasse-radio. Pire même : lorsque, au final, on les écoute un peu, soit on le cache, soit on esquisse un sourire et un vilain doigt moqueur se dresse quelque part. Alors là, c’est le cercle vicieux fatal.
Parce que vous savez ce qu’il se passe quand quelqu’un lève un doigt moqueur ? Ca créée tout de suite une plume de goudron toute flétrie, pleine de pétrole et d’autres immondices nauséabonds. Une franche plume toute en squelette pas belle à recevoir. Encore moins à envoyer ! Elle vient s’agglutiner sur la magnifique plume de savon au caramel sucré qui n’avait pas fini de naitre, et ça la fait fondre tout de suite.
Alors, oui il faut en parler, parce que si tout le monde se met à remuer des nappes entières de masse gluante, c’est pas sûr qu’on puisse encore un jour faire décoller la moindre plume de savon.

Pour commencer, sortons le tapis volant et parcourons s’il vous le voulez bien un peu de chemin. Pas très loin, rassurez-vous. Prenez un coussin, ça pourra tout de même secouer un peu. On décolle voilà, juste là, regardez. C’était avant, vous étiez tout petit !
Ah ça rigolait en jouant à cache-cache dans la maisonnée, n’est-ce pas ? Bande de fieffées petites Pangolines ! Ça c’est sûr, ça va donner de la Bougresse de qualité royale ou je n’y connais rien. Oh pardon, ça va donner aussi du grincheux mal rasé sympa quand même, non ?
Et puis, entre des parties de footmousse, avec le ballon imbibé d’eau les jours de grande averse, ou les derniers potins sur Barbie qui a reluqué le popotin du Petit Poney pendant que Ken s’amusait avec Candy, il y a, déjà, les premières réactions.
Rappelez-vous. Vous avez fait vos devoirs. Enfin, à peu près. Il y a des fautes qui trainent sur votre copie comme vos doigts dans le pot de confiture chez grand-mère ! Vous en mettez partout. C’est pas très grave bien sûr.
Mais quand la maitresse vous dit que cela pourrait être mieux la prochaine fois, à condition de faire un peu plus attention ou que Grand Mamie vous gronde, gentiment et avec le sourire, en déclarant que vous prenez un mauvais pli, le rouge vous monte au visage. Alors vous promettez bien d’être plus attentive et surtout que vous allez repasser votre pli comme Maman vos chemises. Ce sera impeccable et ça sentira la lavande. Mais, sur le coup, ce petit rouge là, qui vous rosit les pommettes, cela vous marque. Ce n’est pas de la honte. Surtout pas. Ce n’est pas de la colère. Non, c’est un léger sentiment fugace. Qui en fait est la clef de toute la suite.
Ce petit rouge là, il signifie juste que quelqu’un vous a compris. Et vous fait confiance. C’est ridicule n’est-ce pas ? Ça veut dire que la maitresse sait que vous pouvez faire mieux. Ça veut dire que vous pouvez grandir. Vous pouvez vous améliorer. Quand on a cinq ou six ans, c’est bête non ? Ça veut juste dire qu’après avoir ressassé sans cesse les tables de multiplication, on pourra prendre ces outils là comme des grandes vis de meccano et construire plein de choses. Des fusées colorées. Des escaliers pour grimper sur la Lune. Des arrosoirs géants pour asperger la fleur qu’on a offerte à Maman. Et la maitresse, elle nous a juste dit que si on faisait plus attention, on pourrait faire tout ça ! Imaginez donc. Alors, vu ainsi, c’est quand même normal de marquer le coup en rosissant un peu, non ?
Et quand Grand-Mère nous réprimande en rigolant comme un gâteau aux amandes, c’est juste pour nous rappeler qu’il y a des trucs qui se font et d’autres qui ne se font pas. En même temps, elle est bonne cette confiture, alors elle redevient petite fille et la partage avec vous. Alors, de votre côté, vous comprenez ce qu’elle vous apprend et surtout qu’il y a des petits plaisirs simples qu’il faut partager et non pas déguster en cachette. Vous comprenez là encore que la prochaine fois faudra tout faire bien. C’est-à-dire ouvrir le pot, le goûter tout de même un peu puis le poser sur la table avant de préparer des crêpes pour que les parents en profitent eux aussi ! Et Grand Mamie, juste en grondinant avec douceur, elle a juste montré que vous compreniez tout ça et que vous pouviez le faire. Alors vous rougissez un peu, quoi de plus normal ?

Et puis, les pots de confiture, les crêpes et les jours filent à une vitesse folle.
Un matin, une demoiselle, elle s’appelle Justine, vient vous demander si vous avez compris le cours de Msieur Frutulin. Ça parlait de constellations et de planètes en formation. C’est comme les blancs en neige, faut touiller très fort pour que la poussière prenne. Sauf que là, faut que ça fasse des grumeaux, parce que si y a pas de grumeaux, ça fait pas de soleil ni de planètes, encore moins de dinosaures et d’arbres pour que les singes en descendent. Et s’il y a pas tout ça, il n’y a pas Justine. Alors vous lui expliquez à la Doucette. Et, comme par magie, elle comprend tout. Alors elle dit merci. Vous vous rappelez ? Pas un merci comme on les entend partout. Non, un vrai merci, qui commence aux chaussettes, qui monte jusqu’à la tête et qui explose dans les yeux. Un merci comme ça, il ne s’entend pas. Il éclate à la tête comme une bulle de chewing-gum qui fait rire. Alors, quoi de plus normal, vous rougissez !
Mais là, il y a un gros rabougri, avec ses doigts boudinés, qui le fait remarquer à ses camarades rabougris, et aussi boudinés, levant leurs doigts pour se moquer. C’est sale, ça sent le mazout, mais tout le monde s’en fout. Parce que tout le monde a préféré oublier les crêpes, le pot de confiture et les gâteaux aux amandes. On leur a dit qu’il fallait grandir. Alors ils font à tel point semblant d’être des adultes qu’ils en deviennent encore plus méchants. D’après ce qui sort de leur bouche-égout, il n’y a que les enfants qui rougissent. Ça sert à rien, c’est la ‘te-hon’, c’est nul !
Mais en fait, quand un doigt boudiné se lève pour se moquer, c’est juste parce qu’il n’est pas capable de comprendre. Il n’est pas capable de sentir l’odeur du printemps, il n’est pas habile pour toucher du doigt les pétales de roses qui fleurissent sur les chemins des amoureux. Ils sont sales, ils sentent le mazout et ils noircissent tout ce qu’ils regardent.
Alors, pour échapper à tout ça, vous prenez tous vos rougissements, vous les cachez dans la poche de votre pantalon troué, vous les rangez dans une grande boite en carton et puis, c’est inéluctable, vous y pensez de moins en moins souvent. C’est dommage, parce que pour nettoyer le mazout, il y a tout dans cette boite en carton. Mais c’est un peu la malédiction des coffrets à secret. Ils sont si timides qu’ils préfèrent attendre au fond des placards, emmitouflés par des vieux pulls qui sentent la poussière et qui font éternuer les souris.
C’est comme ça qu’il n’y a plus trop de rougissements partout.

Au final, comme il y a toujours des plumes de savon qui arrivent à décoller ici ou là, un jour, on se balade comme avant et il y a tout qui change. C’est un peu comme faire du shopping avec une demoiselle. Elles ne savent pas ce qu’elles veulent, elles ne savent pas toujours où aller, mais à l’arrivée elles ont toujours trouvé quelque chose de joli comme leur sourire. Sans parler de tous les rêves qu’elles se sont fabriquées en parcourant les boutiques telles des enfants autour du Sapin de Noël. C’est pareil pour vous. Vous continuez à parcourir le monde, les pieds dans les étoiles et la tête à l’envers.

Vous oubliez un peu beaucoup passionnément les rougissements qui vous donnaient de la vigueur et de la confiance mais ils sont toujours tout à l’intérieur de vous. Prêt à éclore. Eh oui ! Comme le naturel est un cheval fougueux, et qu’il n’y a rien de plus naturel que des plumes de savon qui viennent se coller sur vous comme le feraient des abeilles sur une friandise géante, vous êtes de temps en temps rattrapé par vous-même et votre corps-radio qui rougit dans des situations incongrues. Cette fois-ci, plus personne ne dit rien. Les doigts boudinés sont allés mazouter les plages d’espoir qui trainent partout et tous les autres n’ouvrent plus leurs mirettes pour profiter avec vous d’un rougissement salutaire. Donc, ce petit rougissement qui vient de temps à autre vous chatouiller les narines et qui devrait être partagé comme la confiture, vous le gardez pour vous. Vous le trainez un peu, comme une vieille paire de chaussures, mais il n’arrive pas à rester coller. Alors, il s’envole, distrait… et voilà, c’est fini.
Pas tout à fait en réalité. Il vous arrive parfois de vous surprendre à provoquer un tel afflux de perles vivifiantes sur la peau douce de vos congénères. Une manière inconsciente pour vous de replonger dans les souvenirs oubliés comme un enfant dans un chariot tout en haut d’une montagne russe. En fermant les yeux. Ça descend très vite, ça chatouille les orteils et ça plaque votre cœur tout au fond de votre carcasse-radio. La peur n’est que passagère et, c’est rigolo, une fois passée, ça fait un bien fou.
C’est pourquoi vous essayez parfois de voir chez les autres si eux aussi sentent le vent dans leurs cheveux pendant la descente vers leur vieux pot de confiture ou si, hélas, ils ne sont même plus capables de s’exprimer avec des perles sous la peau.

Et puis, un jour…

Vous vous baladez. Tout seul. Et d’un coup, Elle est là.
Vous n’essayez pas de comprendre ce qui se passe, ni pourquoi, ni comment. Elle est là. Et vous parlez. De tout. Et de plein de petits riens. Le mélange des deux, ça fait comme une grosse soupe à la guimauve dans laquelle vous avez envie de plonger tout entier pour arroser vos plumes de savon.
Et puis un jour, elle vous dit : “T’as qu’à venir là.
Et vous y allez.
Y a de la crainte. De la curiosité aussi. Et un panier en osier entier, rempli à ras bord de questions.
Mais vous y allez. Avec tout ça sur le dos et dans la tête.
Comme vous laissez vagabonder vos pensées sur plein de vieilles plumes enchantées collées partout, vous vous perdez. Vous avez fait comme elle a dit. Vous êtes venus là. Mais ce n’est pas le bon endroit.
Par chance, elle vous envoie un pigeon-guide pour vous montrer que vous n’êtes pas si loin. Vous suivez les indications du volatile et vous arrivez. Là.
Elle aussi y est. C’est inéluctable. Y a une fontaine, ça éclabousse, c’est tout frais et c’est rigolo. Vous avancez, timide, et puis, comme vous êtes là tous les deux, vous parlez.
Encore de tout. Et encore de rien.
Vous constatez, au fil des minutes, que le monde autour a ralenti. Vous regardez dans ses yeux pour voir si c’est pareil, les mots qui sortent de votre bouche n’ont ni queue ni chaussette et au bout d’un moment trop court, vous devez partir. Mais vous avez envie de revenir. Alors, vous vous retrouvez. Et plus le temps défile, plus tout se confirme.
Elle est là.
Et rien que ça fait que vous êtes inondé des plus belles plumes de savon qui puissent exister.
Elle est là et c’est comme le soleil Andalou. C’est tout lumineux partout et ça vous submerge tout entier. Vous entendez même la douce mélopée des castagnettes et ça vous donne juste envie de danser. Intriguant non, quand on a la souplesse d’un pétaure arthritique et le sens du rythme d’un wombat endormi ?
Et puis, vous avez tellement envie de l’entendre que n’arrêtez pas de parler. Comme elle est une étincelle vivante, elle ne vous fait pas la moindre réprimande. Ou avec gentillesse, avec le fond des yeux qui lancent des fléchettes dorées. Elle ne parle pas beaucoup. Parce que, c’est simple, elle sait écouter. Et surtout, c’est qu’elle n’a pas besoin de parler avec sa bouche. Elle s’exprime avec tout le reste. Alors parfois, souvent, il faut lire entre les lignes. C’est pas facile, mais même quand on comprend pas tout, c’est joli comme un fondant au chocolat. Ça demande qu’à être mangé c’est sûr.
Parfois, quand même, elle fait s’envoler de sa bouche des petites peluches. Toutes petites. Encore plus petites que toutes petites. Ça donne l’impression que derrière ce soleil éblouissant, c’est la hotte du Père Noël. Elle ressemble à une grande machine pleine de petites pièces de cristal qu’il faut poser sur des coussins pour pas les casser. D’ailleurs, parfois, au fond de la nuit, on aperçoit un petit rouage fendouillé. Ou juste usé. C’est compliqué comme machine. Mais c’est pour ça que ça devient simple.
Et elle continue de parler. A l’intérieur de vous, ça ressemble à un flocon de coton qui tient chaud. Vous savez bien, ces petits bouts de rien qui glissent dans nos veines. Y en a de moins en moins partout, mais quand quelqu’un vous les arrose avec des plumes de savon, ils grossissent encore et encore, et ça vous nettoie tout ce qu’il y a à nettoyer à l’intérieur de nous. Même quand il n’y a plus rien à récurer, ça fait un bien fou. C’est fait exprès.
Et puis des fois, c’est si magique que juste avec un simple mot caramel ou une petite réflexion jus de fruits, les petits flocons de coton n’ont plus de place. D’un coup comme ça. Paf.
Ils se gonflent de soleil pour quelque secondes éternelles à peine, et forcément, ça bouche, sans le moindre danger, tous les vaisseaux sanguins. Là, il n’y a plus rien qui circule, sauf juste l’envie que le temps s’arrête pour pouvoir prendre une photo des étoiles qui sont dans l’air et dans les yeux.
Dans notre petit corps, vu que tout est bouché, tout se réchauffe encore plus, et le sang se promène à fleur de peau. C’est pour pouvoir profiter d’encore plus prêt de la Muse qui a provoqué ça. Le sang est fragile, mais il lui faut juste trois rayons de soleil pour se nourrir. Les flocons de coton eux, ils emportent la nourriture des plumes de savon dans la tête.
De l’extérieur, c’est sûr, si un curieux vous regarde, il verra comme un rougissement sur vos pommettes. Un peu comme celui que vous aviez eu quand vous aviez profité de la confiture. Mais pas seulement, il est encore mieux. Parce que celui-là, non seulement il montre que quelqu’un vous écoute, mais aussi que vous voulez l’écouter. Vous voulez entendre ses histoires de baratère, (quoi vous connaissez pas les histoires de baratères ? ben écoutez la justement ! C’est comme les histoires de flamenco, sauf que c’est pas pareil). Vous voulez ressortir tout votre panier de questions, et vous voulez juste l’entendre tout court. Et puis vous l’écoutez tellement que ça fait des trous dans les poches de votre pantalon. Comme ça, vous avez plus rien qui vous alourdit. Et puis quand y a un truc qui vous fait grogner, vous vous rendez compte que juste un sourire-cadeau vous fait comprendre que finalement, c’est pas bien grave. Parce que ça fait naître des plumes de savon qui se collent comme du chocolat ! Parce que c’est juste bien. Et parce que, si on y réfléchit bien, c’est rigolo !

Alors rien que ça…

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