Ils étaient deux.
Et le monde entier les regardait.
Ils étaient deux et, à l’heure prévue, se sont avancés lentement vers ce que certains appelaient un destin. Intimidés peut-être, sans vraiment comprendre toute la portée de la chose probablement, ils ont franchi le fronton de la célèbre et imposante abbaye.
Ils étaient deux et ont fait comme tout devait se faire.
Ils étaient deux.
Un garçon. Et une fille.
Une fille. Et un garçon.

Ils étaient deux et avaient sortis les habits d’apparat.
Deux fiancés que tout le monde admirait.
Deux familles qui leur avaient dit comment procéder.
Deux milliards d’individus avec une seule envie : les épier en ce qui devait être un jour ensoleillé.
Ils étaient deux et, au vu des apparences, tout leur appartenait.

Ils étaient deux et le centre du monde.
Aujourd’hui encore plus.
Depuis des mois, le moindre de leur geste était disséqué, analysé, critiqué, admiré, envié ou moqué. Chacune de leur parole était retranscrite, traduite, déformée, reprise, répétée, amplifiée. Depuis des semaines, journalistes mondains, journalistes populaires, journalistes misérables avaient anticipé, prédit, clamé, vitupéré, craché, applaudi ou vomi. Il fallait tout savoir, tout dire, tout prévoir sur ce jour unique. Alors ils avaient tout cherché, tout dit et tout prévu, comme attendu.
Car ils étaient deux.
Dans la rue, dans les bars, dans les salons, dans les hôpitaux, personne ne voulait en perdre un instant. Ils voulaient rêver, condamner, détruire, s’enthousiasmer, apprécier, vitupérer, s’émerveiller. Parce qu’elle avait telle robe, parce qu’il aurait tel geste, parce qu’elle était si simple, parce qu’il était un bon parti, parce qu’elle était née sans titre, parce qu’il rappelait sa mère, parce qu’elle avait une sœur, parce que lui avait un frère, parce qu’elle l’avait conquis, parce qu’il était prince.
Et, pourtant, personne ne se posait la question.

Ils étaient deux et agitaient la main pour saluer une foule hagarde.
Et justement cette foule, qui n’y comprenait rien, criait « Vive la mariée ! »
Ils étaient deux et leur avenir s’écrivait en lettres d’or. A deux ou trois virages près.
Ils avaient tout et finalement, à bien y regarder, rien ne leur appartenait.
Car, dehors, partout, et pour toujours, il faudrait faire comme il faut.
Ils auraient un héritier et seraient encore acclamés.
Ils seraient là aussi, pour la même parade, lorsque le cadet convolerait avec une autre roturière qui finirait par aller voir ailleurs. Ou qui resterait juste pour em… la reine.
Il y aurait un second petit, une fille bien évidemment.
Et, toujours, chacune de leur sortie serait analysée, épluchée, décortiquée, dépecée, disséquée.
Et, jamais, Ils ne pourraient se disputer, se frictionner, se distraire, s’échapper, souffler ou s’isoler.
Mais ils seront toujours deux.
Selon l’opinion populaire, oui, probablement, Il symboliserait le fameux charmant convoité par toutes les fillettes en quête d’épiques histoires. Enfin, apparemment. Et Elle, évidemment, aurait tout gagné. Elle serait une simple princesse.

Ils étaient deux.
A des centaines de kilomètres de là.
Ils étaient deux et il n’y avait personne pour les voir.
Car c’est comme ça qu’ils voulaient le faire.
Au moment exact où ils l’avaient décidé, alors que le soleil caressait légèrement le clocher de la vieille église abandonnée, ils s’avancèrent sur les usées dalles de pierre.
Ils étaient deux et avaient choisi que cela se ferait ainsi.
Ils étaient deux.
Une fille et un garçon.
Un garçon et une fille.

Ils étaient deux et il lui avait simplement posé une couronne de fleurs sur le front.
Elle lui avait, comme toujours, réajusté le col de sa chemise débraillée.
Ils avaient pris conscience que cela ne pouvait se passer que comme cela.
Ils n’avaient rien dit à personne. Pour l’instant, cela ne regardait qu’eux.
Ils étaient deux, main dans la main. Et personne autour d’eux.
Leurs familles comprendraient parfaitement. Ils en seraient fiers et heureux. C’est pourquoi, dans quelques temps, Ils procéderaient à une fête somptueuse.
Mais pour l’instant, Ils étaient deux. Uniquement deux.
Les yeux dans les yeux.
Ils n’avaient rien. Ils n’en avaient pas besoin.

Ils étaient deux et le monde restait silencieux.
La nature seule s’était arrêtée pour les accompagner.
Ils voulaient que ce jour, le plus important avant le suivant, soit unique et ne subisse aucune interférence étrangère.
Ils désiraient fuir tout ce qui pouvait jeter une ombre moribonde : les envies des jaloux, les mesquineries des voisins, les sifflements des adolescents, les regards tordus des frêles passants, les réflexions déplacées des collègues ou des amis grincheux, les haussements de sourcils des connaissances lointaines. Rien ni personne ne devait venir jeter un voile de pollution.
C’était un jour unique. Rien que pour eux.

Ils étaient deux.
Et aujourd’hui, ils allaient se faire la plus belle des promesses.
Pas besoin de parade, encore moins de papier pour la faire.
Juste écouter avec les yeux et parler avec son cœur.
Pour ce qui était plus qu’un pacte. Plus qu’un simple engagement. Plus qu’un serment.
Ils allaient se marier.

Ils étaient deux.
Ils allaient se chamailler puis se réconforter, se faire pleurer mais aussi s’enthousiasmer, donner la vie et surtout la faire grandir, faire des erreurs et les reprendre, s’arrêter quelques instants pour mieux recommencer. Pour encore et toujours courir, frémir, bondir, tomber, chuter, manger, digérer, rigoler, bercer, crier, s’engueuler, se consoler, s’amuser, grandir et progresser.
Ils allaient être Vivants.
Ils étaient deux. Là maintenant et pour toujours.
Ils allaient tout simplement se promettre d’être là tous les deux. Lui pour Elle. Elle avec lui.
Parce qu’ils savaient que ce serait jusqu’au dernier jour. Et surtout parce qu’ils le voulaient.
Et parce qu’ils se faisaient le plus douce des promesses, dans une vieille église abandonnée, ils allaient se faire le plus spirituel des baisers.
Ils n’avaient pas besoin de se poser la question. Oui, Ils s’aimaient.
Elle était Sa Princesse. Il serait Son Chevalier.

Et ainsi, tout leur appartiendrait…

 

 

 



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