The J-3 : Angleterre – France : si loin, trop loin

\’The J-3\’, c\’est l\’art de présenter les événements qui créent l\’actualité.
Comme dans les quotidiens nationaux, les journaux télévisés ou les flashs infos radiophoniques. Avec analyses pointilleuses, décryptages pour tout comprendre et débats de spécialistes. Rien de tel pour saisir les clefs de tout ce qui fait la Une en France et dans le Monde.
A un détail près… les évènements décrits ici sont présentés alors qu\’ils n\’ont pas encore eu lieu !

Pour commencer, le compte-rendu du match Angleterre-France du Tournoi des VI nations du samedi 26 février… ah ben oui, demain !



Angleterre – France : si loin, trop loin…

 

Maintenant, on sait.
La question qui précédait le Big Crunch de ce samedi était bien de savoir où en était réellement l’équipe de France avant son match face à l’ennemi héréditaire anglais, six mois avant la Coupe du Monde néo-zélandaise et après deux matchs certes gagnés mais loin d’avoir pleinement rassuré suite au cataclysme australien de novembre.
Oui, on voulait savoir. Et désormais on sait.
La France ne sera pas championne du monde le 23 octobre prochain.
Car le XV de France n’avance plus. Mais a-t-il seulement une fois donné l’impression d’avancer depuis le Grand Chelem de l\’an dernier ? En retard sur chaque regroupement, reculant à chaque impact, toujours débordés après deux temps de jeu, les joueurs français ont paru limités, beaucoup trop limités, face aux colosses de la Rose, qui non seulement restent anglais jusqu’au bout des crampons, à savoir terriblement puissants, pragmatiques et provocateurs, mais se permettent désormais de jouer de la plus belle des manières, donnant une véritable leçon de rugby au french flair et à ses représentants. L’essai marqué dès la douzième minute en était la plus parfaite illustration.
Après le terrible affrontement attendu des premières minutes, le pack et les joueurs anglais campaient dans la moitié de terrain française et Flood ne se privait pas pour concrétiser l’occupation britannique au tableau d’affichage. 6 à 0 à la huitième minute et une vilaine impression d’inéluctable. Les Français tentaient tout de même, avec leurs faibles moyens, de réagir et consécutivement à une touche sur leurs propres quarante mètres, Jauzion créait un point de fixation au centre du terrain. Le ballon sortait difficilement et Yachvili, qui revivait la malédiction de 2007, envoyait Poitrenaud se perdre au milieu des anglais en inversant le sens de l’attaque. L’arrière toulousain effaçait deux adversaires mais perdait l’ovale sur l’énorme impact de Haskell, le troisième ligne anglais, meilleur avant de la partie et accessoirement joueur du Stade Français. La perte de balle était fatale. Sous l’impulsion de Young, les Anglais déstabilisaient leurs adversaires en deux passes et Ashton perçait plein centre après un attendu retour intérieur de Flood. Il fallait un retour désespéré de Rougerie pour empêcher le meilleur marqueur du tournoi d’inscrire un essai mais la balle continuait à vivre et après un nouveau renversement Cueto pointait dans l’en-but après un dernier crochet sur Huget qui découvrait dans le dur l’enfer de Twickenham. Magnifique, imparable et déprimant. 13 à 0 après un quart d’heure de jeu, on semblait revivre en direct la cruelle débâcle de 2009.
Le XV de France tenta, tant bien que mal, de faire bonne figure en fin de première période, en s’appuyant, comme toujours désormais, sur le seul aspect du jeu qu’il maîtrise réellement : la mêlée fermée, qui poussa à la faute les avants de la Rose. Yachvili inscrivait trois pénalités, Sheridan écopait d’un jaune à la 37ème minute. Hélas, entre temps, Haskel avait marqué à l\’issu d\’un cafouillage suite à une touche mal maîtrisée par les Bleus.
On a tout de même pu espérer, à 15 contre 14 en début de deuxième mi-temps, revenir au score comme il y a quinze jours en Irlande, quand la mêlée française finissait le travail entamé dans le premier acte et parvenait à obtenir un classique essai de pénalité. Le huit de devant, force incroyable qui permet justement de pointer du doigt l’ensemble des lacunes françaises. Car rien ne semblait pouvoir masquer la terrible réalité : les Bleus étaient incapables d’enchainer les temps de jeu ou d’inquiéter la défense anglaise qui n’eut pas à forcer son talent pour contrer les rares velléités tricolores, malgré une paire de centre Jauzion-Rougerie prometteuse. Les joueurs alignés ne manquaient pas de cœur ni d’intention : ils étaient simplement un cran en dessous, outrageusement dominés par leur vis-à-vis. L’équipe de France était incapable de mettre à mal des Anglais en confiance, qui les étouffaient à chaque prise d’initiative. La réalité fait bien mal parfois, un soir d’hiver pluvieux à Londres : le XV de France n’existe plus, ne faisant que pâle figure dès qu’une rencontre s’emballe un peu.
Car, après être revenu à quatre points, les Tricolores ont calé et la belle mécanique anglaise reprit sa marche en avant. A la 49ème, Ashton profitait d’un ballon anodin pour transpercer une nouvelle fois le premier rideau et envoyer le centre Hape sous les poteaux. 27 puis 32 à 16 après que l’insaisissable homme du match conclut une magnifique relance du feu follet Foden qui mystifiait à lui seul la défense tricolore. Le jeu et le soleil avait réellement traversé la Manche.
Johnson faisait tourner son effectif, et Wilkinson entrait en piste. Le héros du pays, accessoirement chouchou de Mayol, se rappelait au bon souvenir de tous, en jouant la partition parfaite, en terme de gestion de fin de match, pour ôter aux Français tout espoir de retour. Il occupait le terrain mais plantait aussi de véritables banderilles en attaquant plusieurs fois la ligne et en alternant à merveille le jeu pour faire jouer sa magnifique ligne de trois-quarts. Les Anglais n’étaient pas rassasiés, continuaient à entreprendre encore et encore et clôturaient le score sur un dernier essai de Care, le remplaçant de luxe de Young, qui s’échappait derrière un ruck à 22 mètres de la ligne.
39 à 16 et 5 essais à 1.
La messe était évidemment dite depuis trop longtemps. Tout comme en novembre, tout comme lors de la dernière tournée d’été ou comme il y a deux ans sur le même terrain. Une défaite lourde à laquelle nous voilà finalement trop habitués ! Côté français, à part un cœur et une vraie envie, il n\’y a plus rien à dire. Cela allait trop vite, cela poussait trop fort, cela sautait trop haut. Dussautoir a tenté de colmater les brêches, Chabal a montré épisodiquement qu\’il était le seul à pouvoir défier physiquement ses adversaires alors que derrière seuls les centres ont paru à peine pouvoir soutenir la comparaison.
On est finalement en droit de se demander si le Grand Chelem de 2010 n’était finalement pas une simple anecdote. Frêle arbuste ne cachant plus une forêt dévastée. Il serait désormais temps que la Fédération et la Ligue s\’entendent pour construire une véritable Equipe de France, en s\’appuyant sur un championnat à douze clubs, et une seule descente, ce qui permettrait de voir sur les terrains de Top14 des équipes adeptes du jeu et avec un ardent désir de victoires et non plus des clubs en proie au doute, avec la peur de perdre vissée au ventre. Il serait temps également que le sélectionneur, le prochain en tout cas, prépare une équipe et un projet sur la durée, définisse rapidement les joueurs capables de pratiquer un jeu alerte et ambitieux, le tout dès sa prise de fonction et non plus en continuant d\’inutiles essais six mois à peine avant une échéance mondiale. Il serait temps de regarder réellement le problème en face et de ne plus se voiler la face. Non pas pour cette année, on le sait, la France ne sera pas championne du monde en 2011. Mais au moins pour tenter de faire bonne figure en 2016.
Il est peut-être déjà trop tard.

 

 

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