Hollywood a ses Oscars. Les nombrilistes, leurs Césars. Les Césars, leurs lauriers. Les bons élèves, les félicitations. Les mauvais, les oreilles d\’ânes. Les professeurs, leurs quatre mois de vacances. Star Academy, ses potiches. Universal, ses dividendes. Les fonctionnaires, leurs salaires.
On le voit, tout le monde a droit à des récompenses. Trophées plus ou moins mérités selon les espèces. Mais nous, on a quoi donc ?
Pas de petite statuette remise à la caisse du supermarché quand on a bien rangé notre caddie. Pas de discours à faire pour remercier les parents, les amis, les collaborateurs, les anonymes invisibles après la performance notable de conservation exemplaire de patience dans une interminable file d\’attente à la Poste. Pas de prix d\’honneur pour souligner le talent inégalable aux fourneaux. Non, rien de rien. Alors, on a quoi pour de vrai ?
Les Condors, pardi ! Vous ne connaissez pas ? C\’est bien simple. Ces trophées récompensent les initiatives individuelles ou collectives mises en place pour sortir notre quotidien de sa léthargie affligeante.
Comme bon nombre d\’actions peuvent se révéler distrayantes, plusieurs catégories ont évidemment été créées.
Pour commencer, citons le Bobard d\’Or, récompensant la plus belle excuse fournie pour justifier un retard ou une absence à l\’école ou au travail.
Au palmarès, nous retrouvons ainsi, en 2003 \ »Un hélicoptère a atterri au beau milieu de la rue et je ne pouvais pas le contourner\ », par Dominique Santini, mécano inspiré. Avaient aussi été nommés Danielle Milien pour \ »Les feux de circulation étaient mal synchronisés tout au long de la route.\ » et Maurice Vairresoué avec \ »Je ne pouvais plus me rappeler dans quel fuseau horaire j\’étais.\ »
En 2004, Super Milien remettait des siennes, pour l\’emporter avec \ »J\’ai essayé un nouveau chemin pour venir à l\’école et ça m\’a pris deux heures.\ » Elle fut cependant classée ex-aequo avec Clothilde Jimbreuille, auteur d\’une double performance mémorable. \ »J\’ai pensé qu\’il vaudrait mieux dormir un peu plus à la maison que de m\’endormir en cours.\ » Suivie deux jours plus tard par \ »Je ne me souvenais plus quelle journée on était. Je pensais que c\’était le week-end.\ »
L\’année suivante, l\’inusable Clothilde clamait \ »Ma colocataire m\’a enfermée dans la salle de bains.\ » En deuxième position arrivait Jean-Claude qui, après une soirée beaucoup trop arrosée, lâcha à son patron italien \ »Je me suis fait kidnapper par des extra-terrestres.\ »
Pour l\’an 2005, Hyppolite de la Condrine de Laquebreuil, et la désormais fameuse réplique \ »J\’étais malade à l\’idée d\’être absent.\ »
En 2006, ce fut la grande classe. Sur la troisième marche, Fred Padeleuque pour \ »J\’ai heurté un orignal sur la route.\ » Médaille d\’argent, Thomas Grinveuille et son honorable décision \ »Je ne suis pas en retard. J\’ai décidé d\’aménager mon horaire pour qu\’il me convienne mieux.\ » Enfin, au top du top, Norbert Strögeulpisse pour \ »Mon actrice favorite vient tout juste de se marier… j\’avais besoin de prendre un peu de recul.\ »
Le classement du millésime 2007 est en cours de réalisation, avec notamment les grandes performances estudiantines de Stéphane, bernant son professeur avec une doublette : \ »Je ne pouvais pas trouver de cravate assortie à ma chemise.\ » L\’illustre maître de conférences remarqua \ »Mais vous ne portez pas de chemise !\ ». Ce à quoi l\’étudiant répliqua \ »Vous comprenez donc bien mon désarroi pour faire ce choix !\ »
La lutte est rude. Chacun cherchant la parfaite réplique au moment idoine.
Qui sera donc nommé cette année pour les Bobards d\’Or ? Qui osera relever le défi ?
La réponse dans les prochains épisodes…