Là, juste dehors, c’est la foule en colère et les fans en pleurs !
Oui, c’est vrai, depuis plus d’un mois maintenant, votre compagnon de Caverne préféré, celui sur lequel vous posez des yeux admiratifs et enjoués, ne donne plus de nouvelles ! Et vous méritez un éclaircissement sur ce qui ruine votre quotidien.
Il faut de suite rassurer les plus tristes : non, il n’y a nul abandon de sa part. Il ne vous a pas oublié, loin de là.
Alors, pourquoi une telle absence ? Pourquoi jeter dans le doute la horde sauvage addicte des pitreries plantigrade ?
La faute à des événements terribles bien entendu. Un seul en réalité, mais bien dur à surmonter. Une terrible séparation.


Votre Ours préféré n’est pas homme à se plaindre et jamais ne lui vient à l’idée de partager des moments difficiles. Sauf que là c’est bel et bien horrible et, comme il vous doit des explications, voilà rien que vous l’histoire affreuse touchant votre idole.

Les langues de vipère, les fouineurs de poubelles et les paparazzi avides de sensations fortes et de gros tirages ne manqueront pas bien entendu de pointer du doigt les comportements coupables de votre Bien Aimé Grognon.
Alors oui, c’est vrai, il est parti un soir pluvieux pour en rejoindre une autre. Il l’a laissée là, toute seule, sur un parking désert.

Non, ne poussez pas de crie d’orfraie. L’exactitude étant essentielle, il faut tout de même préciser que ce n’était pas un froid parking de supermarché. Un peu de tenue que diable. C’était dans un quartier résidentiel, assez joli d’ailleurs. Eh bon, soit, il l’a laissée là, seule, la mine terne. Et, déjà vous le condamnez ?! Mais posez vous tout de même l’élémentaire question : pourquoi a-t-il agi ainsi ?

L’histoire avait tout de même parfaitement commencé. Il y a deux ans déjà. Deux ans et quatre mois pour être exact. C’était son petit frère, un grand sage, qui l’avait ramenée à la maison. Et elle était restée avec lui, votre inégalable Nourson, évidemment radieux et tout guilleret en ce soir d’hiver. Il savait, il le sentait bien, qu’il allait pouvoir partager avec Elle un long chemin. Parfois difficile, certes, c’est toujours ainsi, mais une route également ensoleillée ! Au début, c’était l’idylle ! Elle l’emmenait toujours pour aller disputer les matchs de rugby. Ou pour aller voir les copains. Pas un bruit, pas le moindre accroc, tout était parfait. Et puis, finalement, la routine peut-être, la fatigue sans doute, tout s’est rapidement dégradé. Déjà, quand il a fallu faire les valises pour migrer à cinq-cent kilomètres de la Caverne Parentale, les premiers grincements discrets sont apparus. Ce ne semblait rien, mais le doute commencait doucement à s’immiscer dans cette histoire unique. Malgré quelques geignements, ils ont donc fini par poser les valises sur le Vieux Port et rapidement pas loin de la Croisette. Mais elle râlait de plus en plus. Dès qu’il venait vers elle, dès qu’il fallait bouger, dès qu’il avait besoin de son aide. Il faut dire que les nombreux aller-retours au milieu des cigales de Provence n’ont pas aidé à apaiser les couinements désormais répétés de la Belle. Sa santé se dégradait littéralement a vu d’oeil. Un toussotement par-ci, un grincement par là, c’était à n’en plus finir et, justement, malgré son esprit accommodant et toujours jovial, votre Ours préféré voyait bien que ça ne tournait pas rond chez Elle !

Tout a encore empiré quand il a encore fallu boucler les valises pour une nouvelle migration. Les incessants trajets entre deux points de chute, les réveils très matinaux et la rudesse de l’hiver ont amené votre Plantigrade adoré à ne plus la regarder du même oeil. La fin était là. Et comme cela reste un garçon, un sacré même, évidemment, il a commencé à zieuter ici ou là.
Discret au début bien sûr. Il ne passait que par cet outil terrifiant qu’est internet ! Affreux ! Oui, certainement, mais c’était la meilleure solution pour finir sans trop d’esclandre. Il continuait, c’est vrai, à la pouponner chaque jour, sachant que le dernier était tout proche. L’au-revoir définitif était de plus en plus imminent. Et puis, finalement, une autre est apparue. Plus jeune évidemment, plus resplendissante bien entendu, parfaite tout simplement. Elle était loin cependant, très loin.
Le destin étant ce qu’il est, elle ne reposait qu’à quelques kilomètres de la taverne dont il était partie des mois plus tôt. N’y tenant plus, tout comme chaque bon mâle parfaitement constitué, il a acheté des billets de train pour la rejoindre au plus vite. Et, ainsi, à peine une heure avant de monter dans son wagon miracle, il l’a laissée, Elle, sa magnifique compagne des deux dernières années, juste là. Seule. Presque abandonnée !

Les mesquins diront que cette histoire est tout simplement abominable. Inadmissible. Symptomatique.
C’est juste qu’ils n’ont pas vu que l’Ours n’a pas osé trop la regarder. C’était trop dur. Parce qu’il ne l’oubliera pas. Le chemin s’arrête brutalement, mais lui reviennent encore en mémoire tous les kilomètres parcourus ! Même ses bruits de courroie vont lui manquer !

Votre Plantigrade a donc laissé sa voiture, destinée à la casse, sur le bord d’une route (évidemment, en attendant de lui graver une épitaphe plus convenable).
Et un rutilant nouveau carrosse l’attend. Plus sûr, moins grinçant, tout simplement idéal pour encore parcourir un long et ensoleillé chemin !

Alors, oui, cela n’explique pas complètement le pourquoi du comment de l’absence insupportable de l’Ours que vous avez due endurer durant ces nombreuses semaines.
Mais votre Fripon préféré ne vous doit absolument nul complément d’information.

Nan mais oh ! Quand même !

 

 



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