La fin, ce nouveau début…

Parce que la Coupe du Monde se termine. Parce que d’autres choses prennent fin. Parce que parfois on se demande que faire quand la route arrive à terme…


La fin, ce nouveau début…

Une finale, ça se joue.
Mais surtout, ça se gagne.

Ainsi, lorsque la fin de la rencontre est sifflée, une tristesse insoutenable l’envahit. Instantanément.
Il sentait bien depuis quelques minutes que le match leur échappait. Mais il ne voulait pas renoncer tant que le ballon pouvait encore s’exprimer.
Les trois coups stridents le brisent littéralement.
Soudain il se sent seul. Au milieu des siens. Il n’a plus de force. Il est abattu. Lessivé. Eteint. Il s’accroupit et reste ainsi de longues minutes. Les larmes coulent elles aussi solitaires. Lentement. Sans soubresaut. Sans révolte.

Il croise le regard hagard de ses coéquipiers, eux aussi perdus. Ils ont absolument tout donné. Ses gros ont été exemplaires. Craints par tous depuis le début de la compétition. Mais fatigués ce soir.
Les trois-quarts ont joué avec leur coeur. Pour le copain blessé resté sur le bord de touche. Pour l’ami, la jambe usée, mais qui a tenu à être sur le terrain pour un dernier hommage à son grand-père, parti le jour même.
En les regardant effondrés, il est en rage. Il n’a pas su les guider. Il n’a pas su leur donner un peu de bonheur ce soir. Il est triste. Il est perdu. Tout le monde autour de lui erre dans le noir.

Péniblement, il se relève. Il a la gorge nouée en voyant les têtes basses. Il n’a pas réussi à les emmener vers la victoire et il reste incapable de consoler leurs âmes en peine.
Il est triste ce soir. Il est perdu. Abandonné.
Il croise alors un regard. Son pote. Son coéquipier.
Mais avant tout son ami. Ils ont tout partagé. Sur le pré et partout ailleurs. Les joies et le reste aussi. Il ne serait pas là aujourd’hui sans lui. Pendant ces quelques secondes où leurs regards se disent tout, il revoit chaque moment intense. L’émotion le submerge. Ils se tombent dans les bras. Aucun ne retient de nouveaux sanglots, trop pesants. Autour d’eux, tout n’est que silence. Après quelques minutes hors du monde, l’ami se retire sans rien dire. Pas besoin. Il va partager plus loin ses dernières larmes avec un frère d’armes du paquet d’avants.
Oui, les gros ont été grands.
Grâce à eux il aurait pu emmener tout le monde au paradis. Certains diront qu’il a été bon. Intelligent. Malicieux. Mais il a perdu. Il n’a pas été exemplaire.
Il est à nouveau seul sur la pelouse, alors que les supporters tentent aussi de consoler leur équipe. Leurs héros. Perdu, il regarde sans le voir le stade qui se vide. Les vainqueurs heureux. Et les siens par petits groupes éparpillés en train d’essayer de comprendre. Puis il se retourne et, subitement, tout s’arrête.

Elle est là.
Elle ose à peine avancer. Ses yeux sont tristes aussi. Elle a déjà partagé avec eux les joies et les chants des victoires. Elle a aussi été là pour les coups durs les soirs de défaite. Et elle a toujours été là pour lui aussi. Pour le rugby, et pour tout le reste.
Et puis, elle a décidé de partir.
Là aussi, il n’avait pas été assez intelligent. Pas assez bon. Ni même malicieux. Il ne lui en veut pas d’être partie. Il ne pourra jamais lui en vouloir.
Et aujourd’hui elle est là devant lui. Ses yeux trahissent la déception de la défaite. Mais aussi tout le reste. Tout ce qui n’a plus trait aux facéties du ballon ovale. Mais bel et bien aux caprices des rebonds quotidiens.
Encore aujourd’hui, pour lui, elle comprend ses larmes de l’instant.
Elle saisit là, à ce moment précis, tout ce qu’il n’a jamais su montrer.
Elle s’avance et le prend délicatement dans ses bras. Il blottit sa tête au creux de ses épaules. Pendant un moment il oublie tout le reste. La défaite, les amis, les supporters. Ils ne bougent plus. Et là encore, pendant ces minutes étoilées, ils se disent tout sans la moindre parole.
Tendrement, il dépose sur sa joue délicate un doux baiser de paix. Il prononce un seul mot. ‘‘Merci. »
En deux syllabes, il dit tout ce qu’il n’a jamais su dire.
Merci d’être là. Merci d’avoir été là. Merci d’être tout simplement. Un merci teinté de remords. Un merci plein de pardon. Elle se recule un peu et le fixe à nouveau de son regard bleu azur. Elle aussi veut s’excuser. Mais il lui fait comprendre qu’elle n’a pas besoin de le faire.
Les étoiles viennent de se lever. La lumière est revenue sur le terrain. La nuit sera belle.
Il a peut-être perdu une finale aujourd’hui.
Mais il a gagné beaucoup plus.
La paix avec son âme. La paix grâce à elle.
Il y aura d’autres matchs dès la saison prochaine. Il va le dire déjà à ses coéquipiers.
Allez debout.
La vie est belle. Ils peuvent être fiers. Ils peuvent se relever. Il les aide.
La nuit chante maintenant.
Oui, il y aura d’autres matchs. D’autres finales.
Et il le sait désormais, il y aura une future Belle.
Il ne faudra pas hésiter alors, et lui dire.
A elle…

 

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