Hop hop hop ! Un peu de calme dans l\’assistance, s\’il vous plaît ! Et merci bien.
Avant tout, il s\’agit de planter le décor : au pied de la caverne, des hordes entières de fans hystériques – donc féminines – ou sirotant un pinte de mousse fraîche – donc là pas uniquement masculines (oui c\’est toujours fort sympathique de siroter une bière en agréable compagnie, mais là n\’est pas le sujet), des hordes entières donc sont amassées pour marquer leur mécontentement ! Cela crie, cela hurle, cela s\’inquiète aussi un peu, bref, ça grogne.
L\’Ours lui ouvre un œil après un sommeil réparateur et entend les doux murmures de ces ronchonnements intempestifs. Un son qu\’il apprécie, prenant cela pour un véritable hommage de cette foule réunie rien que pour l\’ovationner à son réveil. Il s\’étire les papates, se gratouille le dos d\’une douce griffette, profite encore un peu de la mélopée grinçante puis s\’avance à l\’entrée de son antre. Et, surprise, à son apparition, il est accueilli par huées, cris de remontrance, beuglements mais aussi quelques mots doux de groupies évidemment ébahies.
– Mais qu\’est-ce donc que ceci ? se demande l\’Ours benoîtement.
Une voix s\’élève du fond de la foule qui, tout de même, a préféré opter pour un léger pas de recul, on ne sait jamais :
– Dis donc Pépère ! T\’as vu l\’heure ?
L\’Ours sort son bigophone, y jette un œil puis se reprend, lève la tête et fait mine de trouver réponse en observant la course des mouettes et la danse du soleil.
– Euh… à dix-sept minutes près, il doit être à peu près moins le quart non ?
– Oui, mais de quel mois ?
– Janv… février ?
– On est en juin !
– Juin ?
– Oui, Juin ! Pas comme l\’herbe qu\’on fume, mais comme le mois de la fête des ménestrels, l\’été qui arrive – et donc des tongs, des bikinis et des jupettes qui ressortent, des barbecues sur la plage, de la bronzette dans les hamacs ou des apéros en terrasse. Et aussi…
– QUOOOOOOOOOOI ?
La foule se recule alors que l\’Ours continue son bougonnement :
– QUOOOOOOOOOOI ? Y a des tongs de sortie ? Nan mais oh les gars faut… faut aller en profiter. Vous auriez pu me prévenir quand même ! Bougez pas, je reviens !
Subitement le Plantigrade retourne dans l\’ombre de sa caverne alors que la foule n\’ose plus bouger. On entend des malles qui s\’ouvrent, des logiques grognements, des armoires qui tombent, des souffles rauques, des tiroirs qui volent, des crocs qui claquent et…et non, l\’Ours n\’est pas du style à ne rien ranger. En fait, d\’après la définition d\’une exquise Bougresse, ce type de comportement serait plutôt assimilable à un logique \ »éparpillement\ ». La preuve, il retrouve toujours tout, comme l\’indique, finalement, un souffle de satisfaction qui fait vibrer dans l\’assistance les ombrelles des demoiselles à la peau diaphane :
\ »Yes ! Ayé, je l\’ai. Bougez pas les potos !\ »
Le colosse ressort, bob sur la tête, lunettes sur le nez, magnifique short à fleurs sur le popotin et sourire sur les lèvres :
– Z\’êtes prêt ! On y va ? Ca va faire du bien une ptite pause non, cette hibernation, je vous raconte pas, ça m\’a é-pui-sé ! Littéralement é-pui-sé !
– Euh…
– Euh ?
– Mais notre bien aimé et adorable compagnon de tous les jours. Celui qui bercent nos existences de mille savoirs et d\’épiques histoires, celui qui illumine nos nuits de…
– Arrêtez, c\’est trop. Je vais rougir.
– Bon, en fait, on est là parce que…
– Tsst ! Tsst ! Vous en étiez à \ »illumine nos nuits de…\ » ?
– Celui qui illumine nos nuits de fantastiques découvertes, de visions enchanteresses, vous, notre Ours ronchon, bougon, grognon préféré, notre unique Plantigrade, vous nous manquez !
– Je vous manque ?
– Oui plein, tout plein ! Cela fait des semaines, des mois, que vous ne nous avez pas livré le moindre parchemin !
– Ah bon ? Ah oui, c\’est vrai. J\’étais… j\’étais, je suis toujours d\’ailleurs, très occupé.
– Mais ce n\’est pas une excuse !
– Mouais. Mais moi j\’ai le droit. Allez hop, on y va.
La foule, hagarde et fébrile, commence à suivre l\’ours vacancier. Une douce donzelle, cheveux au vent, s\’avance vers le bête grogneuse en short, lui barre la route et le regarde d\’un air mi-sévère, mi-indéfinissable. La foule, arrêtée derrière l\’Ours immobile, n\’ose pas le moindre murmure. La demoiselle fait un pas en avant, pose sa mimine sur la papatte plantigrade et lui parle doucement :
– Faites quelque chose , s\’il vous plait. Un petit rien, mais faites-le. Les gens s\’inquiètent dehors. Et puis, c\’est bête, mais même si personne ne vient vous voir, ce que vous racontez vole dans l\’air et vient se poser là où il le faut. Faites pas ça pour nous, Monsieur l\’Ours Fripon. Nous, on en profite forcément. Mais faites le pour vous.
Le Plantigrade, surpris, hésitant, et même plus grognon, la regarde sans rien dire. Evidemment, dans ces cas là, comme toujours, il ne sait pas quoi dire, ni comment le dire. Il baragouine un \ »Mphrumphshkt\ » incompréhensible sauf pour ceux qui lisent entre les lignes, retire son bob, ses lunettes et son…
– Euh non, gardez-ça tout de même, lui sourit la Demoiselle.
… et retourne à sa Caverne, le sourire aux lèvres. La foule, qui n\’y comprenait rien, cria \ »Mais on va pas voir les tongs ?\ » avant de reprendre le chemin derrière leur idole déjà partie dans d\’autres sphères. Du fond de la tanière sauvageonne sort cette fois un bruit de plume grattant un parchemin avec excitation. Plusieurs heures plus tard, l\’Ours réjoui ressort et commence à déclamer à l\’assistance :
\ »Mes Amis bonsoir.
Pour la recette de la pistourelle farcie aux farigougnettes, il vous faut deux-cent grammes d\’olives fraîches, si possible des pitchoulines, quatre boites de cassoulet, deux litres de whisky et vingt-trois… fichtre j\’ai écrit quoi là ?Ah zut, je me suis trompé de papier.\ »
Après un bref aller-retour, le troublé grincheux reprend de plus belle :
\ »Je vous ai compris !
Histoire de m\’auto-mettre la pression, non pas celle au houblon, quoi que un petit verre avec … oui bon, on l\’a déjà dit tout là haut au début, ce n\’est pas le sujet, c\’est plus que … ouais plus que ça, mais ce n\’est pas le sujet. Donc, afin de satisfaire votre logique et compréhensible demande, j\’ai décidé de m\’auto-mettre la pression. Pour cela, rien de tel que de vous révéler le programme des festivités pour les prochaines semaines. Un programme divers, varié, et absolument pas dans l\’ordre. Car tout dépendra de la météo, du sens du vent, et de celui de l\’inspiration, des aléas de l\’actualité et des résultats sportifs ! Cela sera influé par beaucoup de choses, mais comme vous l\’avez dit, il n\’y a pas d\’excuse. Car, il s\’agit justement d\’un programme. Et une fois donné, il faut le suivre !
Alors, ce programme, le voilà !\ »
L\’Ours jette dans l\’assistance des centaines de papier sur lesquels se ruent les curieux. Ils y découvrent, avec joie, envie et curiosité, les écrits en maturation dans la Caverne.
\ »Ordre du jour du mois de juin (moins le quart à dix-sept minutes près) :
– Le Mariage Princier, où la fameuse Pippa ne sera même pas nommément citée !
– La Blonde, ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur cet énigme scientifique.
– La Solitude du Magicien-Éponge.
– Le Scandale, ou les remous de l\’actualité française en 2030.
– L\’énigme, ou une nouvelle révélation sur la difficile condition féminine.
Sans oublier… tout le reste !\ »
– Et maintenant les Potos, on y va ! On a des tongs à voir ! Nanmého !