Le Nounours n\’est pas content.
Après la défaite contre l\’Argentine en match d\’ouverture, il a vraiment la mine des mauvais jours, babines retroussées et griffes aiguisées. Il n\’ose plus lire la presse, les forums du net et tout le reste. Il n\’est vraiment pas content. Tout devait être une fête mémorable, et, comme ça, sans prévénir, ça a fait un gros plouf.
Alors le Nounours, il en veut à tous les autres, et surtout à lui-même !
Il le dit avec ses mots à lui… Simple avis de Plantigrade Ronchon :
« Et si…
Et si nous aussi, supporters, améliorions notre jeu ?
Et si nous nous taisions, juste cinq minutes, et regardions un peu en arrière.
Pas loin, juste là, il y a quelques semaines.
Et si nous constations que ce n\’est pas uniquement la défaite de 22 joueurs et d\’un staff ?
Mais bel et bien la chute de la France Ovale. Un rugby de l\’hexagone qui passe son temps à critiquer, être mécontent ou trouver sans cesse un défaut à tel ou tel joueur. Moi le premier.
Depuis l\’annonce des 30, chaque rugbyman de France, fier de ses certitudes et porteur de la bonne parole, désigne de son doigt inquisiteur les faiblesses de l\’un, la magnificence de l\’autre. Moi le premier.
Chacun fait son équipe. Moi le premier.
Chacun analyse les performances de son joueur préféré ou de celui qu\’il juge ne pas mériter le maillot. Moi le premier.
Avant chaque match, tout est toujours le même rituel. Lui va être mauvais. Son coéquipier, avec le même maillot, avec la même envie, et avec le même but, va être le sauveur de la patrie.
Après 80 minutes d\’effort, c\’est encore pire. Nous retroussons les babines. Nous allons les remettre en place. Et en plus nous en sommes fiers. Tous. Et moi le premier.
Heureux de descendre en flèche l\’incriminé et d\’encenser le meilleur de tous.
Et au milieu de tout cela, nous en oublions l\’essentiel.
L\’équipe. Le collectif. L\’esprit de corps qui habite un XV conquérant.
Quel autre sport pousse à l\’extrême cet art de jouer pour l\’équipier, pour le copain, pour l\’ami, pour le public et pour le plaisir ?
Le rugby est un jeu. Qu\’il le reste.
Ne cherchons pas d\’excuses. Des erreurs ont été faites pour ce premier match. Mais pas à cause de celui-ci ou de tel autre. Une faillite collective.
A 15.
A 22.
A 80000.
A 14 millions !
Les joueurs sont morts hier sous la pression. Sous NOTRE pression. Même s\’ils sont isolés, ils l\’ont ressentie. Nous, supporters, avons donc été très mauvais. Magnifiquement mauvais. Moi le premier.
Qu\’il est bon de s\’acharner sur nos chers joueurs, n\’est-ce pas ? Quel bel exutoire, que nous sommes fiers de poster ici ou ailleurs telle vérité. S\’acharner comme des Gremlins sur une carcasse de poulet ne changera rien.
On en oublie que, de toute la France du Rugby, les Bleus sont nos représentants. Nos meilleurs symboles.
Chacun s\’est trompé. Le public en premier.
Nous n\’avons pas réellement poussé les Bleus. L\’ambiance au Stade de France a vite été morose. Derrière la télé, tout le monde était prêt à jeter la télécommande dans l\’écran.
Nous avons donc, moi le premier, été très cons. Depuis trop longtemps maintenant.
Et si maintenant nous nous mettions à avoir confiance ?
Et si nous communions, à travers la télé ou dans les stades, avec notre XV de France ? Le nôtre !
Et si nous le supportions vraiment ?
Alors oui, il y aura toujours des fautes coupables. Qui peut dire qu\’il n\’en fait jamais ?
De là à faire de nos Bleus des incapables, des moins que rien, des immatures ou des rugbymen qui ne pensent plus au rugby, nous allons toujours trop loin. Dans l\’excès sans cesse.
Utilisons cette hargne pour sourire et prendre plaisir à les voir.
Mais surtout pour croire en eux.
Comme les Clermontois croient à l\’ASM, comme les Toulousains croient au Stade, comme les Agenais croient au SUA, sans arrière pensée, sans compromis, sans aigreur.
Avec de la joie et des étincelles plein les mirettes.
Et si, donc, maintenant, nous reprenions tout à zéro ?
Si nous arrêtions de nous prendre la tête ?
Si, juste un peu, on se calmait ?
Si, nous aussi, rectifions nos fautes ?
Et si, à partir de maintenant, nous aimions les Bleus ? Et si nous supportions, chacun à sa manière, notre équipe préférée ?
Allez les Petits… allez les Bleus! »