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Ne pensez pas à l’éléphant rose.
Ne pensez pas à l’éléphant rose !!!
NE PENSEZ PAS À L’ÉLÉPHANT ROSE !
NE PENSEZ PAS À L’ÉLÉPHANT ROSE !
Du coup, là, tout de suite, vous pensez à quoi ?
À ça, non ?

Voilà, illustré par un exemple gros et rose, l’art universel du conditionnement mental. L’art de vous graver une idée dans la tête.
Utilisé sans le savoir par des femmes ou des hommes bien intentionnés.
Souvenez-vous…
Vous êtes dans un lit d’hôpital ou face au bureau d’un médecin en blouse blanche. Il tient une feuille avec des chiffres obscurs, a une mine d’enterrement et se racle la gorge.
C’est dingue d’ailleurs ce besoin de se racler la gorge pour annoncer une mauvaise nouvelle.
Enfin, il commence à parler. Vous ne comprenez pas tout, ne retenant que quelques mots épars. L’ambiance pesante fait le reste :
Chronique, maladie, incurable, contrôles quotidiens, problèmes rénaux, soucis oculaires, malaise hypoglycémique, dégâts irréparables…
Le champ lexical utilisé est sombre, négatif et ne laisse aucune place au doute. Les idées associées le seront tout autant…
Car ça y est, vous êtes étiqueté : définitivement malade !
Et presque condamné : à partir de maintenant, votre vie se transforme en cauchemar.
La situation se complique davantage : vos proches, vos parents, vos frères, vos sœurs, vos amis, ceux sur qui vous pouvez compter plus que tout, ceux qui seraient prêts à prendre votre place pour vous soulager, sont eux-aussi effondrés.
Ils essaient de ne pas le montrer, mais les faits sont là : eux-mêmes sont au 36ème dessous.
Et, bien malgré eux, vous transmettent ces mêmes idées noires…
En ce moment délicat, comme pour l’éléphant rose, vous ne gardez en tête que les idées négatives entendues.
Elles résonnent, encore et encore.
Pour finir par s’incruster au fond de votre ciboulot. Pour se graver dans tout votre être. Et pour ressortir à la moindre occasion, causant des effets fâcheux voire désastreux.
Si si, je vous l’assure. Vous n’êtes pas convaincu qu’une idée peut vite s’incruster ?
Si je vous parle d’éléphant, là, maintenant, il est de quelle couleur ?
Alors que faire ?
Déjà, séparer le fond et la forme.
Vos parents et tous vos proches : ils vous aiment. Le reste n’est que de la littérature. Ils l’expriment mal, jamais ou avec maladresse mais ils vous aiment.
C’est le parfait point de départ pour vous aider dans cette nouvelle aventure de diabétique.
Ensuite, le Docteur. Sachez qu’il n’est pas un mauvais bougre. Et n’oubliez pas qu’il ne sait rien.
Dépositaire d’un simple savoir universitaire, il peut vous décrire tous les symptômes de la maladie et toutes ses conséquences éventuelles.
Mais il ne sait pas ce qu’est ÊTRE diabétique.
Être diabétique
Être diabétique,
ce n’est pas se faire des piqûres, des bolus, des contrôles glycémiques ou vérifier son hémoglobine glyquée tous les 3 ou 6 mois.
Ça, ce ne sont que des jalons réguliers et des petits ajustements.
Être diabétique, c’est l’être chaque seconde, en parfaite symbiose avec son corps. On vous le décrit comme une faiblesse, mais votre corps est votre meilleur allié.
Écoutez-le. Ressentez-le. Comprenez-le.
Être diabétique c’est ça et tout le reste.
C’est tellement tout le reste.
Comment décririez-vous le simple fait d’être « vivant » ?
Impossible, n’est-ce pas ?
Et pourtant vous l’êtes, vivant !
Diabétique, c’est exactement pareil.
Impossible à décrire.
Et pourtant vous l’êtes aussi ! Vivant !
Alors, plutôt que se diluer dans des idées faibles, fausses et sombres, remplacez-les par ce que vous êtes. Aspergez-vous d’idées justes, bonnes et réelles.
C’est bien joli, c’est bien beau, mais ce n’est que du baratin ? Vous en êtes sûr ?
Regardez juste tout ce que vous avez fait depuis que vous êtes concerné par cette simple contrainte : vous vous êtes levé chaque matin, vous avez souri chaque jour, vous avez passé des moments difficiles et vous êtes encore là pour en parler, vous avez joué, rigolé, fait les fous. Vous avez été ému. Vous êtes tombé amoureux. Vous avez mangé et bu. Vous avez fait des balades. Vous avez gravi des montagnes. Vous avez lu des livres, vu des films. Vous avez regardé vos enfants grandir. Vous avez passé des jours et des nuits fantastiques. Vous avez chassé des licornes.
Et en plus, vous pouviez, mieux que n’importe qui d’autre, savoir que votre corps, votre allié, continuait d’avancer…
Comme DES ENFANTS
La recette la plus simple pour remplacer les idées noires par des idées magiques reste de faire comme nos meilleurs modèles : les enfants. Ils ne sont pas pollués par des idées pernicieuses. Ils découvrent chaque jour et progressent chaque seconde, sans se poser de questions. Sans se farcir la tête d’idioties sans fondement.
A partir de là, le monde entier s’offre à eux.
Et à nous aussi…
Pour les curieux, sachant que je suis une tête de mule qui n’a pas voulu écouter les autres phrases ânonnées par les médecins, voici l’idée restée gravée en moi suite à mon diagnostic de #dt1
« Si tu fais bien les choses, tu pourras être centenaire. »
L’idée est tentante, non ?